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Traumatismes Psychiques et Hypnose par Corinne Van Loey

Mise en mouvement des possibles : de la fermeture à l’ouverture…

« L’homme n’est vraiment moral que s’il obéit à l’obligation d’aider toute vie qu’il est capable de secourir, et s’il se fait scrupule de nuire à tout être vivant »
Albert Schweitzer, Ethique.

Marc Aurèle dans ses Pensées définissait la thérapie comme le fait de « se garder pur de toute passion, de l’irréflexion et de l’humeur pour ce qui vient des dieux et des hommes ». Il fallait donc avant tout être attentif à « la seule divinité qui habite en nous et l’entourer d’un culte sincère ».

Car « si c’est à cause d’une des choses extérieures que tu t’affliges, ce n’est pas elle qui te trouble, mais c’est ton jugement au sujet de cette chose » (Pensées, VIII, 47). Affirmation que l’on trouve également dans le Manuel d’ Epictète, §5 « Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais leurs jugements sur les choses. » Porter jugement sur les choses, c’est s’en constituer une représentation, ce qui n’est possible que par une mise à distance du réel.

Cette prise de distance s’effectue au moyen de concepts, dans l’affirmation desquels le sujet se porte responsable de la vérité ou de la fausseté de ses propositions. Mais cela n’est envisageable que lorsque l’individu est capable de prendre suffisamment de recul face aux événements, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas. Lorsqu’elle n’a pu assimiler une épreuve traumatisante – quelle qu’elle soit – de manière satisfaisante, une personne souffre alors de séquelles post-traumatiques.

Elle se trouve alors en mal d’être, a souvent perdu tous ses repères et n’entrevoit que des « possibles fermés ». C’est dans cet espace traumatogène que notre rôle de thérapeute prend tout son sens : prendre soin de l’être de l’autre afin de prendre soin de sa vie, voilà le but de notre travail.

Selon l’étymologie, le thérapeutès, en effet, est à la fois celui qui prend soin du dieu, qui lui rend un culte et le sert, mais encore celui qui prend soin de l’autre, qui le soigne. Bref, celui qui donne au sujet en souffrance de devenir autrement même en prenant enfin soin de l’autre qui est en lui.

Entendons-nous bien, le thérapeute n’est pas là pour guérir, il est là pour mettre son patient en position d’accepter la guérison en lui donnant la possibilité retrouver le sens du vivant et de la vie. Et c’est bien là le rôle qui nous est imparti, tout particulièrement en victimologie : mettre le sujet en souffrance dans les meilleures conditions possibles pour que le vivant réagisse enfin et que la guérison advienne.

Notre approche s’articule autour du terme central de ré-orientation des possibles, à savoir passer des possibles fermés à leurs ouvertures. Il faut alors ré-orienter le sujet pour le recentrer sur le réel, car, sujet du traumatisme, il porte en lui l’empreinte d’une perte, celle des repères qui lui permettaient de se situer dans le monde, un monde qui désormais lui apparaît hostile.

L’apport de l’hypnose (veille paradoxale) pour traiter ce genre de pathologie donne des résultats souvent surprenants, puisqu’elle nous permet d’établir un lien direct entre la réaction face à un événement et le ressenti du vivant.

Comme on le verra, nos observations cliniques confirment que ce n’est pas l’événement en tant que tel qui pose problème, mais « l’opinion qu’on se fait de l’événement ».

Tout est donc une question de compréhension, puisque nous sommes responsables aussi bien de nos représentations que de la décision de leur modification : somme toute, de notre capacité à guérir.

Nous nous autorisons donc à avancer une corrélation entre certain type de représentation et l’apparition du traumatisme. Face aux traumatismes nous ne possédons pas le même ressenti ni les mêmes souvenirs dans notre chair et dans notre esprit : nos ressentis étant individuels, nos mécanismes de réaction à un événement nous sont spécifiques et ce qui est traumatique pour l’un ne l’est pas pour l’autre.

Il apparaît dès lors que c’est ce que l’on fait d’une représentation qui la rend traumatique – ou non. Pour lutter contre le poids des traumatismes, il faut alors remettre en mouvement le champ figé des représentations, réactualiser les possibles qui sont en nous pour en faire des outils salvateurs.

Ce qui, de plus large façon, signifie ré-interpréter la vie : prendre soin du vivant au sens de ce qui nous maintient en vie, en remettant en action l’esprit torturé qui informe le corps. Notre tâche est alors de recentrer le sujet en souffrance sur les possibles qui sont en lui. Mais comme le traumatisme psychique a effacé toute confiance dans ses capacités, ses possibles sont fermés.

Ils sont en attente d’ouverture et sans la volonté du sujet, ils resteront en attente d’actualisation. À lui seul incapable d’avoir une vue d’ensemble des événements à l’origine de la représentation traumatisante, le sujet reste focalisé de manière récurrente sur la ou les difficultés qui en découlent à chaque réminiscence. Le rôle du thérapeute est ici primordial : il va permettre à son patient de prendre et maintenir une décision de passer d’une phase passive où toutes les possibilités sont fermées, à une phase active où rien n’est impossible.

Sans reprendre les critères de l’état de stress post traumatique que l’on retrouvera dans le DSM IV, rappelons les plaintes fréquemment exprimées par les patients : troubles du sommeil, cauchemars, hypervigilance, comportements addictifs et compulsifs, évitement de certaines situations, lieux ou objets, phobies, difficulté de concentration, irritabilité, détachement affectif, dépressions et somatisations diverses.

Le traumatisme est vécu comme une maladie, un emprisonnement, une impossibilité de sortir de soi : un enfermement que nous pouvons représenter symboliquement comme une sorte d’armure dont on se parerait pour fuir une réalité trop douloureuse parce que nous avons en nous le germe de la fragilité.

Les traumatismes psychiques se traduisent donc par une perte de sens accompagnée d’une détresse souvent inexprimable à l’état de veille. Toujours singulière, cette souffrance porte en elle l’empreinte de chaque individu, de son histoire et des rapports souvent conflictuels qu’il entretient avec son corps.

Aussi, notre rôle d’hypno-thérapeute est-il avant tout de permettre à notre patient de trouver les ressources qui sont en lui pour actualiser sa propre guérison, ce qui n’est possible qu’avec son assentiment.

Puisque c’est la représentation des événements plus que les événements eux-mêmes qui sont à la source du mal être, la question est de savoir comment permettre au sujet de modifier les représentations qu’il entretient vis-à-vis d’eux, de façon à ce qu’elles puissent être métabolisées et historisées.

L’hypnose ou plus précisément l’état hypnotique dispose de ce pouvoir. Le sujet s’y retrouve dans un état d’hypervigilance, une réceptivité particulière, inconnue à l’état de veille, toutes ses barrières conscientes annihilées : la parole peut intervenir, salvatrice.

La similitude entre l’état hypnotique (transe) et le traumatisme fait alors des individus ayant subi un traumatisme des sujets particulièrement réceptifs. Rappelons en effet :

  • La transe hypnotique diminue le champ perceptif, par une focalisation de l’attention du sujet sur un point.
  • Le trauma produit une focalisation sur l’événement, une sidération, un effroi.
  • La transe crée un état de « dissociation » chez le sujet : sentiment d’être présent sans y être, de ne plus sentir son corps…
  • Le trauma crée une dissociationprotection quasi spontanée (« c’est comme dans un film »), une dépersonnalisation (« je me suis vue »).
  • La transe hypnotiquecrée un état de « déréalisation », une sorte de perte de repères, en particulier du temps.
  • Le trauma, de par l’effraction, entraîne une déréalisation et souvent une perte de la notion du temps.
  • Le trauma est une transe hypnotiquenégative.
  • La transe hypnotique peut faire surgir à l’esprit des images, des sensations, des odeurs…
  • Le trauma est porteur de « flash back » : images, son, odeurs, sensations…

Du fait de cette similitude, le traumatisé est fréquemment un patient qui accède facilement à l’état hypnotique. Non seulement, il s’agit d’un état naturel dont peut disposer tout individu, mais pour lui, c’est un état quasi constant.

Dès lors, grâce à la suggestion et avec l’aide du sujet, le travail va consister dans une ré-écriture du traumatisme, non pas dans sa ré-invention, en soi impossible, mais dans le déplacement de son importance.

Aussi, le sujet sous hypnose va-t-il avec notre aide modifier sa relation au temps et vivre le présent en actualisant ce qui reste en suspens ou s’est trouvé interrompu, c’est-à-dire, en terminant une action ou en réinventant une issue acceptable pour lui et satisfaisante.

Quatre cas cliniques permettront d’illustrer ce pouvoir rédimant de la transe hypnotique.

Victime d’attouchements de la part son père, une jeune femme de 25 ans revit, lors de la transe, une situation particulièrement traumatisante. Elle est chez sa grand-mère et doit partager le lit de son père.

Elle est du côté du mur et me dit sentir le corps de celui-ci se rapprocher d’elle. Elle panique et se demande comment échapper à cette situation épouvantable.
Son visage, ses larmes et tout son corps traduisent son mal-être.

Je lui propose de demander à la petite fille qui est en elle de l’aider à trouver une solution. Après un moment, elle dit : « elle doit aller faire pipi ». Et au retour, elle choisit de rejoindre le lit de sa grand-mère. Au lieu de subir elle a décidé Cette étape fut déterminante dans sa thérapie.

Ainsi encore, cette autre jeune femme. Elle me dit garder d’elle l’image d’une petite fille vêtue d’un maillot rayé, dans les bras d’un oncle dont elle subit les attouchements. Elle ne peut s’échapper car elle est nu pieds. Sous hypnose je lui demande si elle peut modifier cette image. Elle parvient à se chausser et à s’échapper pour se réfugier auprès de sa mère et lui faire part de ce qu’elle a subi.

Troisième exemple : une femme d’une trentaine d’années consulte pour un manque de confiance en soi, qui influe sur ses relations personnelles et professionnelles. Elle ressent une difficulté particulière à s’imposer, notamment vis-à-vis de sa hiérarchie. Au cours de l’entretien elle évoque comme marquant le fait d’avoir, à trois ans, échoué à l’exercice proposé aux autres enfants de faire le tour de la pièce avec un crayon, alors qu’elle se trouvait à sa propre demande dans la classe de son frère plus âgé de 18 mois.

Nous avons décidé ensemble de travailler sur ce souvenir. Elle a pu, très facilement, se remémorer la situation. Lorsque je lui ai proposé de terminer la tâche interrompue des années auparavant, elle s’y est attachée avec beaucoup de sérieux. Au bout d’une demi-heure, toujours en hypnose, elle m’a déclaré avec le sourire qu’elle avait achevé le travail.

Ce fut un moment clé de sa thérapie, qui lui a ouvert la porte des possibles. Elle a très rapidement pu évoluer dans son affirmation personnelle, allant jusqu’à changer d’emploi et prendre des responsabilités dans un nouvel environnement.

Pour clore cette série, le cas de cette jeune cinéaste de 35 ans, qui nous consulte pour crises de panique lorsqu’elle se trouve en voiture et en particulier dans les embouteillages. Son mal-être est tel qu’elle a dû renoncer à sa vie professionnelle et rester cloîtrée chez elle.

L’anamnèse révèle que lors de la présentation de son premier film, son père a été victime d’une crise cardiaque. Le SAMU est arrivé très tardivement à cause de la circulation. Son père est décédé.

Lors de notre troisième rencontre, à l’occasion d’une hypnose conversationnelle, je lui ai proposé de me dire ce qu’elle associait à la voiture. Elle répond « un cercueil ». Je lui demande s’il lui est possible de faire quelque chose. « Oui, me dit-elle, soulever le couvercle ».

Elle dit alors se sentir beaucoup mieux, délivrée d’un poids énorme. Elle se verrait bien circuler en moto… Nous travaillons encore deux séances, puis elle annule le rendez-vous suivant. Elle m’annonce avoir acheté une voiture à toit ouvrant et depuis, circule sans problème.

On le voit, ce sont nos expériences en séance qui nous poussent à voir que c’est dans la guérison que réside cette ré-actualisation des possibles comme affirmation de soi qui permet de reprendre la vie comme allant de soi.

Pour reprendre le cours heureux des choses, et retrouver cette capacité naturelle de métabolisation des événements, il est nécessaire de pouvoir laisser au passé ce qui appartient au passé : le passé ne peut être, au présent, doté d’un pouvoir constructeur que métabolisé, transformé pour servir à l’édification de l’avenir.

Passer des possibles fermés à leurs ouvertures permet de créer avec le patient un espace où tous les possibles peuvent s’actualiser dès lors que l’assentiment du patient est en mouvement. Il est donc essentiel de prendre en compte la réalité du vécu traumatisant, et cela d’une manière à donner l’opportunité de revenir sur l’événement et de lui accorder un happy end qui soit le plus satisfaisant.

Nos exemples l’ont bien montré : sous hypnose nous ne pouvons pas réécrire l’histoire, mais faire en sorte que l’événement qui s’est passé ne soit plus focalisant. Le sujet en souffrance, en réinventant son histoire, fait de la période traumatisante un simple moment parmi d’autres. La finalité est devenue adéquate à la représentation positive que le sujet attendait pour tenter de guérir.

Corinne Van Loey
Psychologue et hypnothérapeute

Bibliographies

Audet Jean et Katz Jean-françois, Précis de victimologie générale, Dunod, Paris, 1999.
Cyrulnik Boris, Le Murmure des fantômes, Odile Jacob, Paris, 2003.
Roustang François, Qu’est-ce que l’hypnose ? Editions de minuit, Paris 1994.
Traduction française Bréhier Emile, , Pensées pour moi-même, Marc Aurèle, Manuel, Epictète, Les Stoïciens, La pléiade,, Gallimard,1962.
Traduction française par J.-D Guelfi et al, American Psychiatric Association. Mini DSM-IV. Critères diagnostiques ( Washington DC, 1994), Masson, Paris, 1996.

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